Boutiers-Saint-Trojan Sondages archéologiques sur la « villa gallo-romaine des Coulées» – Charente (Nouvelle-Aquitaine) / 2026

La villa gallo-romaine des Coulées, située sur la commune de Boutiers-Saint-Trojan, aux portes de Cognac (Charente), est connue depuis les années 1980. Christian Vernou et son équipe avaient effectué une fouille de sauvetage urgent en 1981, puis en 1982. Une note était donnée dans les informations archéologiques de la revue Gallia (Papinot 1983, p. 325 ; fig. 2, p. 326) et une synthèse sommaire est parue dans la Carte Archéologique de la Gaule, pour le département de la Charente (Vernou 1993, p. 121-122). Cette villa a malheureusement été mal étudiée, détruite progressivement par le mitage des terrains anciennement agricoles pour y laisser place à une zone résidentielle de la banlieue de Cognac, sur cette rive droite du fleuve Charente, appréciée pour son calme et sa fraîcheur. Christian Vernou souhaite rassembler toute la documentation amassée durant la décennie 1980 et préparer une publication exhaustive du dossier archéologique à l’horizon 2028 ; sachant que la majorité du mobilier est conservée, depuis lors, au musée municipal de Cognac.

 Toutefois, préalablement à ce travail de récolement, il est apparu nécessaire de vérifier quelques points de détail qui avaient échappé aux fouilleurs du début des années 1980 : effectuer un relevé stratigraphique des niveaux profonds d’une des salles de la villa ayant conservé son sol de béton à la chaux le long d’un mur possédant toujours une partie de son élévation (sondage 1) et vérification de l’état d’une des salles conservée en élévation, également (sondage 2) et devant avoir possédé un foyer sommaire dans l’angle sud-est de ladite salle, formant une aile en avancée de cette villa linéaire datant de l’époque flavienne (ca 70-80 ap. J.-C.). Ce fut la problématique de deux sondages que le SRA de Nouvelle-Aquitaine, site de Poitiers, a autorisés en mars 2026.


Plan de la villa levé en 1981 et emplacement des sondages projetés

La fouille a été menée par une équipe restreinte de fouilleurs bénévoles mais expérimentés, issus de sociétés archéologiques locales (4 à 5 personnes) durant les semaines de mars à juin, de manière discontinue. Au total, on comptabilise une dizaine de jours de fouilles pour une moyenne de 3 fouilleurs.

Le sondage 1 a permis de mettre au jour à nouveau le sol d’une pièce (S1) peu large qui devait distribuer une vaste salle « noble » (S. 5), disposant d’une vue privilégiée à l’ouest sur la vallée de la Charente et située en hauteur grâce à un mur de terrasse qui avait été dégagé en 1982 (mur m. 6).

Le mur m. 1 conservait encore une assise d’élévation pour une largeur de 45 cm ; il était enduit du côté intérieur et des traces de joint au fer était encore lisibles sur la face externe. Sa fondation mesurait 62 cm de large et a été suivie sur une profondeur de 80 cm. Les deux premières assises sont parfaitement maçonnées reposant sur une semelle de chaux d’un mortier de couleur beige puis, plus profondément, les assises sont plus sommaires, établies en tranchée étroite. Prenant appui sur le ressaut du mur de fondation, des dalles calcaires de belle taille recouvraient le conduit d’un caniveau longeant le mur m. 1 (US. 10), d’une largeur de 30 cm pour une profondeur de 20 cm, sans radier aménagé et dont le parement oriental comprenait des moellons plats superposés.

Le sol de béton à la chaux de la salle S. 1 (US. 04) avait une surface parfaitement lissée ; il avait 5 cm d’épaisseur et était fracturé par endroits, notamment à la jonction avec la zone enduite du parement interne du mur m. 1. Il reposait sur une couche épaisse de près de 20 cm, servant de substratum, constitué de pierres calcaires et graviers (US. 05). En-dessous, une couche d’argile gris-brun avait 20 cm d‘épaisseur (US. 06), puis, plus profondément, un autre remblai d’argile brun ocre d’environ 15 cm (US. 07), comprenant de nombreuses pierres percées issues des terres naturelles locales. En-dessous, un sol de calcaire damé était mis au jour et traduisait un état d’habitat antérieur qui doit être d’époque tibérienne, si l’on en croit quelques rares tessons de céramiques communes. Ce sol avait une limite orientale proche de celle du mur m. 1 car on ne le retrouve pas à l’est de la fondation de ce mur ; c’est une preuve supplémentaire de la permanence des orientations des architectures antiques qui se succèdent dans le temps.


A gauche, sol de béton de chaux lissé de la salle S. 1 (corridor), dans son état de 1981


En dessous, les vestiges du même sol en 2026, reposant sur des remblais argileux qui ont exhaussé le terrain pour sa pose et niveau de calcaire damé d’un habitat antérieur, d’époque tibérienne

Le sondage 2 s’intéressait à la salle S . 3 de la villa, sorte d’aile en avancée qui disposait d’un foyer précaire dans son angle sud-est. Aperçu sommairement à l’automne 1982, il a été à nouveau dégagé mais sa conservation était très moyenne, après plus de 40 ans passés sous une couche d’humus de faible amplitude. Seule une semelle d’argile rubéfiée, surcuite, a été reconnue. Elle reposait sur un ensemble de moellons récupérés dans les murs démontés d’une partie de la villa et maintenus par une chape de chaux maigre. Il doit s’agir d’une transformation de l’habitat  effectuée durant l’Antiquité tardive, dans cette pièce au sol de cailloutis calcaire qui semble traduire une pièce d’usage commun.


A gauche, angle de la pièce S. 3 aux murs en élévation conservés sur deux assises et traces du foyer pulvérulent et cendreux, dégagés le 11 novembre 1982.


En-dessous, même angle sud-est de la salle S. 3 vu du nord, et vestiges du foyer, mal conservé sous la pelouse, en avril 2026

La fouille de ce secteur a permis de reprendre les questions de la gestion des eaux de pluie qui s’écoulaient au pied de l’architecture soignée de cette portion de la villa gallo-romaine. On est surpris par la qualité de son maçonnage et par l’ingéniosité de ses aménagements. Le caniveau périphérique observé dans le sondage 1 a été reconnu le long des deux murs formant l’angle de la salle S. 3. Des dalles de calcaire non équarries recouvraient le conduit, prenant appui pour une de leurs extrémités, sur le ressaut du mur de fondation. La majorité de ces dalles présentait une pente légère vers l’extérieur de l’architecture et participait de la sorte à l’évacuation des eaux de pluie tombant des toits en surplomb, recouverts de tegulae et d’imbices dont nombre de fragments ont été découverts parmi les vestiges. Cette spécificité technique de la villa des Coulées n’a pas encore été observée par ailleurs en Saintonge ; elle semble caractériser l’époque flavienne.

Un creusement profond, effectué dans ce sondage, a également attesté de la phase d’exhaussement du terrain par des remblais argileux imposants (plus de 40 cm d’amplitude), devant participer à la recherche d’une amélioration sanitaire des lieux, notamment face aux inondations du fleuve Charente, situé à un peu plus de 250 m à l’ouest. L’habitat antérieur, vraisemblablement d’époque tibérienne, devait avoir souffert de ces débordements (?).


Angle sud-est de la salle S. 3 de la villa des Coulées, dont le dégagement sous une couche limitée de l’humus du terrain a permi de mettre en évidence les dalles calcaires de couverture d’un caniveau périphérique, participant de l’évacuation des eaux de pluie. Aménagement soigné d’époque flavienne en Saintonge.

Par Christian Vernou, chercheur associé à l’UMR 6298, ARTEHIS

Bibliographie :

PAPINOT Jean-Claude, Informations archéologiques, Gallia, 41, 1983.

VERNOU Christian, GOMEZ de SOTO José et MAGISTER-VERNOU Claudine coll., La Charente-16, Carte archéologique de la Gaule, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Condé, 1993, 254 p.

Plan et cliché de Christian Vernou

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