Christian Vernou, chercheur associé à l’UMR 6298 – ARTEHIS
La prospection thématique menée en 2025 a compris une vingtaine de jours d’intervention sur le terrain, au cours de laquelle le responsable a pu être accompagné de plusieurs collaborateurs aux compétences variées, qui ont permis les premiers enregistrements des vestiges. Les relevés par GPS ont contribué à la compréhension générale du site, montrant le caractère irrégulier du quadrilatère que nous avions imaginé dans un premier temps. Toutefois, le couvert boisé et/ou les conditions atmosphériques ont pénalisé la qualité des transmissions avec les satellites des deux campagnes réalisées, l’une en novembre 2023 et l’autre, en juin 2025, donnant parfois des résultats contradictoires.
Le terrain a alors été exploré assez systématiquement (environ 1 ha), puis des jalons ont été plantés aux points jugés caractéristiques du site (angles de murs, recoupement avec une tranchée moderne de limite parcellaire, …). Par la suite, deux méthodes de relevés complémentaires ont été entreprises : des mesures prises à l’aide d’un ruban de 50 m et d’autres, utilisant un appareillage de type Moasur® 2 PRO, fourni et utilisé par A. Larigauderie. Ce dernier mode d’enregistrement a précisé la configuration générale du site.
Parallèlement, le travail de mesure systématique des murs visibles a été poursuivi et a permis de préciser nombre de détails architecturaux de l’ensemble. Les levées de terrain devant correspondre à des murs, ont été enregistrées, numérotées, mesurées et décrites. L’ensemble monumental comprend tout d’abord un sous-ensemble occidental composé d’une vaste galerie de plus de 50 m de long et 8 m de large, flanquée de deux bâtiments quadrangulaires aux extrémités sud et nord ; celle du nord étant légèrement plus grandes (9 x 10 m au nord, 7 x 8 m au sud). Ces « pavillons d’angle » ont pour caractéristique d’avoir des murs de longueurs inégales et les angles qu’ils forment entre eux, ne sont pas droits. Leurs murs ne prolongent pas ceux de la galerie, un net décrochement est observé.
Un second sous-ensemble se situe à environ 20 m plus à l’est. La relation architecturale entre les deux sous-ensembles n’a pas pu être clairement définie au stade de la prospection. Les vestiges en partie médiane de l’ensemble comprennent deux bâtiments principaux. Celui du nord est rectangulaire et de grandes dimensions (ca 20 x 13 m) ; ses murs semblent pour une majorité, effondrés. On note toutefois un point haut dans son angle nord-est, à plus de 2,50 m au-dessus des niveaux des sols du bois situés plus au nord. Le second bâtiment, celui du sud (ca 17 x 14 m), est de plan complexe et doit comprendre des murs de refend ; au stade de la prospection, il est difficile à décrire, sauf à se méprendre. Seul l’acte de fouille permettra de mieux cerner son architecture. Enfin, plus à l’est et a priori de manière solidaire avec les deux bâtiments décrits précédemment, des murs semblent délimiter un vaste espace clôturé (45 m, du N au S).


En partie bouleversés par les travaux de terrassement entrepris par un engin mécanique, qui a ouvert une dérivation vers le sud du vieux chemin d’exploitation des bois, deux murs maçonnés formant un angle ont pu être nettoyés afin de mettre en évidence leur nature et mode d’agencement. Il s’agit de murs constitués de deux parements de moellons calcaires de taille régulière, liés avec une chaux de couleur jaune-ocre mêlée à du sable de rivière ; le blocage interne comprend mortier de chaux et fragments calcaires. Leur épaisseur est assez considérable, dépassant les 0,80 m ; a priori pour des élévations. Les éventuelles fondations n’ont pas pu être observées. En revanche, pour un mur d’orientation est-ouest, les vestiges d’une élévation du parement sud est encore conservée et laisse apparaître de l’ordre de cinq assises en place, sous la végétation. Ces murs sont, pour nous, d’époque antique, datant vraisemblablement du Haut-Empire romain (Ier-IIe siècles). Il ne faut toutefois pas généraliser ces observations à l’ensemble des vestiges bâtis ; des vérifications de terrain seront à mener. Des réutilisations ultérieures d’une partie de l’architecture est possible (au cours du Moyen Âge ?).
Enfin, il a été possible d’effectuer un nettoyage de quatre souches de chênes, déracinées lors de la tempête de décembre 1999. Elles sont toutes situées dans l’angle nord-ouest du site, dans un secteur compris au sud-est du « pavillon d’angle » septentrional. Sous la mousse, les vestiges d’occupation humaine étaient caractéristiques : moellons calcaires divers (dont des appareils d’angle, en pierre de taille), fragments de mortier de chaux, nombreux fragments de tegulae et quelques-uns d’imbrices. 3 souches sur 4 ont livré un peu de mobilier céramique ; des tessons de céramiques communes : panse de cruche en céramique claire, fond sculpté de grand vase en céramique sombre, un pied de coupe tripode en céramique commune grise. L’ensemble caractérise la période gallo-romaine, plutôt le Haut-Empire romain, bien que l’on trouve encore des vases tripodes d’un type proche à la fin du IIIe s. ; le fragment découvert n’est pas assez complet pour permettre d’être plus affirmatif.

D’autres recherches ont touché l’étude des chemins et axes de communication encadrant le site antique. Même s’il est tentant d’évoquer l’hypothèse d’une desserte vivace et de haute tradition de ce site de hauteur, rien ne le prouve de manière certaine. Il est espéré des informations complémentaires et plus décisives grâce à la couverture LiDAR de l’IGN menée en 2024 et qui sera disponible dans le premier semestre 2026.
Les travaux devraient reprendre en 2026 par l’ouverture de 4 sondages à des endroits clefs de compréhension du site (nature des élévations et des fondations, recherche de décors architecturaux, présence de sols,…), pouvant permettre de mieux interpréter ce site, demeuré énigmatique, pour l’heure.